Soirée-conférence 3, 29 novembre 2023. © Photo : Soraya Bassil, Docomomo Québec.
FIG. 1
Soirée-conférence 3, 29 novembre 2023. © Photo : Soraya Bassil, Docomomo Québec.

Résumé et captation de la soirée-conférence 3

Le contexte. Type bâti résidentiel commun au Canada, les tours d’appartements locatifs façonnent nombre de ses paysages urbains et suburbains. Elles furent érigées dans les années 1960 et 1970, à l’époque moderniste, dans le cadre de politiques publiques ciblées, grâce à des mesures gouvernementales incitatives et à l’initiative du secteur privé. Dans le contexte actuel de crise du logement, de crise climatique et de croissance démographique stimulée par l’immigration, il faut s’assurer que ces immeubles occupés par des habitants à revenus modiques ou faibles et leurs quartiers soient résilients, abordables et accueillants.

L’initiative. La conférence a présenté un survol du vaste projet de recherche et d’interventions dit « Tower Renewal » que la firme ERA Architectes (ERA) a entrepris depuis plus que 15 ans. Visant la revitalisation des quartiers canadiens caractérisés par la présence de tours d’habitation datant de l’après-guerre, dans les dernières années, ERA et son groupe de recherche sans but lucratif — le Tower Renewal Partnership — ont réalisé plusieurs projets afin de favoriser la réhabilitation de ce type bâti au bénéfice de ses habitants, en le transitant dans le 21e siècle. La présentation s’est articulée en deux grandes parties correspondants aux deux volets principaux de l’initiative : d’un côté l’intervention sur le patrimoine bâti des tours d’habitation et des ses environs, de l’autre côté l’aspect social et communautaire associé à ces lieux et aux projets y réalisés.

La recherche et les mandats. La recherche à la base de l’initiative Tower Renewal s’est penchée d’abord sur une recherche historique qui retrace la naissance et l’évolution de ces quartiers de banlieue souvent mal aimés, pour ensuite étudier la vision et les valeurs d’origine, afin d’établir quel héritage on peut en tirer aujourd’hui, dans une optique de conservation de l’existant et de son carbone intrinsèque. La recherche a aussi documenté et cartographié tous les tours de la région de Toronto, en faisant état de l’existence d’environ 2000 appartements accueillant plus que 1 million d’habitants. Ce recensement s’est après étendu au reste du Canada. En 2007, ERA a aussi publié une partie de sa recherche et du discours autour du sujet des toutes résidentielles dans le livre « Concrete Toronto ». Plusieurs autres publications ont suivi depuis.

Aujourd’hui, un grand nombre de ces tours sont vieillissants, ne respectent pas les exigences contemporaines et versent en mauvais état, nécessitant de projets de rénovation dans l’immédiat ou dans un futur proche. Leur réhabilitation offre une grande opportunité de ré-évaluer ce grand parc immobilier et patrimonial, tout en atteignant les objectifs de durabilité. Il faut souligner que, bien que certaines tours soient des bâtiments d’intérêt patrimonial, telles que les tours conçues par l’architecte immigré d’origine estonienne Uno Prii, plus souvent il s’agit de patrimoine modeste ou de « modernisme du quotidien », et non pas de réalisations protégées par un statut patrimonial. Les interventions proposées par le Tower Renewal s’articulent autour de trois grands points : La rénovation et la modernisation des tours; Le renouveau de la vie économique et sociale autour de ces bâtiments; Les transformations à l’échelle du quartier dans lequel les tours s’insèrent.

Par rapport aux deux derniers points, ERA a travaillé avec la ville de Toronto pour retravailler le zonage et les règlements municipaux afin de pourvoir transformer ces quartiers selon les besoins actuels, notamment en introduisant des commerces de proximités, des espaces communautaires et de rencontre, de terrains de jeu et de nouvelles connexions. Le thème du redéveloppent a aussi été étudié de proche en étudiant des possibilités de densification des quartiers afin d’offrir plus de logements. Quant a premier point, les problématiques le plus souvent rencontrées dans ce type de bâtiment sont les suivantes : la détérioration de l’enveloppe; le manque d’isolation thermique; une ventilation inadéquate; la présence de moisissures et de matières dangereuses; le manque du contrôle du confort thermique; la fin de la vie utile des systèmes électromécaniques, de la plomberie et de sécurité; le fait que les lieux soient habités et, souvent, les habitants ne peuvent pas être relocalisés pendant les travaux. Il est souligné qu’en revanche la structure de béton est souvent en très bon état, grâce à une industrie du béton qui était bien développée à l’époque.

Le gouvernement fédéral a lancé des campagnes de financements qui ont permis de réaliser des projets de rénovation, car on rappelle que ces bâtiments sont souvent du logement social ou abordable. Dans ce contexte, deux études de cas de rénovation de tours réalisées par ERA sont présentées : la rénovation et modernisation de deux des trois tours du complexe résidentiel pour personnes âgées St-Hilda’s, à Toronto; la rénovation et modernisation de la tour Ken Soble Tower à Hamilton, Ontario — la première tour résidentielle rénovée « PassiveHouse » en Amérique du Nord.

Pour le projet de St-Hilda’s, une communauté à but non lucratif, un des éléments plus importants a été la planification du phasage des travaux. Par hasard, le bâtiment était vide pour 1/3, permettant de commencer les travaux dans cette zone et transférer les habitants une fois les rénovations complétées, sans devoir relocaliser les habitants ailleurs et plusieurs fois. Les travaux pouvaient par la suite continuer dans les zones libérées, et ainsi de suite. Parmi les grandes interventions, on nomme : le remplacement complet des systèmes; le remplacement des fenêtres et la réparation de la maçonnerie existante; l’aménagement d’appartements universellement accessibles; la rénovation des cuisines et des salles de bain; la modernisation des espaces partagés et communautaires, intérieurs et extérieurs.

Le projet de la tour Ken Soble, propriété de la CityHousing de la ville de Hamilton, visait la rénovation de ce projet du Centennial selon les normes « PassiveHouse ». Les grandes interventions sont les mêmes listées pour St-Hilda’s, mis à part pour l’enveloppe qui a été complètement refaite. De plus, dans ce cas-ci, les habitants ont dû être relocalisés pendant les travaux. Dans ces deux projets, comme dans plusieurs d’autres, ERA a développé des compétences d’engagement communautaire qui sont recueillies dans un guide aux rénovations dans des bâtiments occupés.

La conception participative. Dans plusieurs cas d’interventions d’aménagements paysagers, les communautés qui habitent les quartiers modernistes du grand Toronto ont joué un rôle majeur dans leur design et réalisation. Cinq de ces projets ont été réalisés en collaboration avec la MLSE Foundation, rénovant de terrains de jeu ou des espaces ouverts existants pour et avec les habitants locaux, notamment les jeunes. Ils ont permis de développer et peaufiner un processus d’engagement fait de 3 grandes étapes : « s’associer – écouter – co-créer ». Plusieurs ateliers en personnes avec des représentants de la communauté ont permis d’établir leurs priorités et leur vision pour le futur du quartier et de le développer ensemble, car les meilleurs experts sont les habitants eux-mêmes. Les projets qui ont bénéficié de ce processus participatif sont : Gordonridge Community Multi-Sport Court; Ridgeway Community Courts; Lawrence-Orton et East Scarborough Storefront. En parallèle, ERA a aussi collaboré à des aménagements temporaires dans les espaces ouverts de ces quartiers, par exemple le projet « plazapops » qui occupe des terrains de stationnement.

Leçons. L’initiative Tower Renewal est de grand intérêt pour plusieurs aspects: les connaissances techniques développées en matière de rénovation de l’existant, tout en atteignant des cibles environnementales excellentes, telle que la reconnaissance « Passive House »; les considérations menées en parallèle sur la valeur sociale associée à ces bâtiments et quartiers, qui était à la base des projets d’origine et qui peut être redécouverte, mise en valeur et actualisée dans le contexte contemporain ; la démonstration que les tours résidentielles modernes sont un parc immobilier d’une grande valeur patrimoniale, économique et sociale, points centraux du développent durable. En plus de ce dernier, les interventions réalisées vont permettre aux bâtiments et leurs environ de faire face aux effets du changement climatique. Enfin, ces projets sont faits pour les gens, afin de continuer d’assurer, voire augmenter, la capacité d’héberger les communautés existantes et futures.

Existing Buildings/Existing Communities: The Retrofit of Modern Residential Towers in Ontario
Projet de ERA Architectes
Conférenciers : Greame Stewart, architecte et Rui Felix, architecte de paysage

Groupes et personnages associés

ERA Architectes ; chargés de projet : Michael McClelland, Graeme Stewart, Ya’el Santopinto et Rui Felix, architectes

Tower Renewal Partnership

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