L’Art Déco versus le Mouvement moderne au Québec et ailleurs : Captation et bref bilan
Résumé de la soirée-conférence 3 – Programmation 2025-26.
À l’occasion du 90e anniversaire de la publication Pioneers of the Modern Movement from William Morris to Walter Gropius de Nikolaus Pevsner, Docomomo Québec a convié ses membres et amis à la conférence « L’Art Déco versus le Mouvement moderne au Québec et ailleurs», tenue à l’École de design de l’UQÀM le 4 février dernier. Animée par France Vanlaethem, présidente de Docomomo Québec et professeure émérite à l’UQÀM, ainsi que par Isabelle Gournay, professeure émérite du University of Maryland, la soirée a donné lieu à de riches échanges autour de la notion de style, du déploiement transnational du mouvement art déco et de son articulation à différentes échelles. Bien que le mouvement Art Déco ne fasse pas partie du champ d’études habituel de Docomomo, sa mise en parallèle avec le mouvement moderne a permis d’en dégager les distinctions essentielles et les similitudes.
Rappelons pour les non-initiés que l’Art déco est : « Un mouvement artistique et architectural international des années 1920-1930, né après la Première Guerre mondiale et symbolisant la modernité, le luxe et le progrès.» (Site web de la Ville de Québec). Bien que réductionniste à l’essence du mouvement, l’Art déco se distingue tout de même pour sa richesse ornementale et formelle faisant appel à la symétrie, des lignes franches ou encore l’aérodynamisme. En opposition à l’essence du mouvement Art Nouveau, faisant appel à l’ornement organique, l’Art Déco se tourne quant à lui vers de nouvelles opportunités permises grâce aux nouvelles technologies modernes (Cohen-Rose, 1996). Dans le même ordre d’idée, les fondements de l’Architecture moderne sont fortement teintés des nouvelles avancées technologiques.
France Vanlaethem a ouvert la soirée en retraçant les ouvrages fondateurs qui ont contribué à théoriser le mouvement Art déco. Le début de la soirée nous révèle les racines du mouvement. Popularisé dans les années 1960 notamment grâce au livre et à l’exposition Les Années 25 du Musée des arts Décoratifs de Paris, ainsi qu’à la publication de l’Art Déco par Bevis Hillier, le mouvement s’est imposé comme un phénomène culturel majeur. Hillier qui défend l’idée de la coexistence d’un langage moderne mais non moderniste durant l’entre-deux-guerres, s’intéresse au phénomène de l’adoption populaire du mouvement, de l’objet au bâtiment, qualifiant ainsi l’Art déco de «style total», influençant ainsi l’ensemble des échelles de design. Par une approche pluridisciplinaire, il remet en question la notion de style, qu’il juge trop souvent réduite à l’analyse du motif ou de l’ornement.
Cette remise en question de la notion de style, jugée comme surfacique, est également présente chez Pevsner pour qui le mouvement moderne découle par causalité du progrès social et technique de l’époque. Selon lui, la spécificité du style dit «nouveau» se caractérise moins par ses aspects visibles que par son organisation spatiale. France Vanlaethem mobilise également la pensée d’Adrian Forty, qui propose de s’éloigner d’une lecture stylistique pour privilégier l’étude du langage spatial et tectonique de l’architecture, jugée comme plus complète et pertinente.
Prenant la suite, Isabelle Gournay aborde l’ambiguïté propre à la conservation du patrimoine, qui tend parfois à altérer la nature tacite et originelle des lieux, notamment en raison de la transformation de leurs usages primaires ou de leur contexte d’implantation . Elle poursuit en retraçant le développement transnational de l’Art déco marqué par deux grandes périodes : une première, avant la Dépression, caractérisée par sa nature formelle géométrique, et une seconde, après Dépression, où dominent les formes aérodynamiques, dites «streamlined». Malgré le la diffusion internationale du mouvement, Gournay souligne l’existence d’une fragmentation des pratiques et des connaissances d’un continent à un autre.
Explorant les diverses pratiques associées au mouvement de l’Art déco, la conférencière survole le travail de plusieurs artisans, dont les vitraux des Mauméjean, un collectif de maîtres-verriers et mosaïstes, et les ferronneries d’Edgar Brandt. Elle évoque ensuite une approche d’analyse typologique et programmatique, révélant un vaste inventaire d’interventions Art déco, notamment dans le domaine du commerce de luxe. Le mouvement se manifeste également sous dans des bâtiments de grande envergure, des infrastructures d’industrielles, des immeubles d’habitation de taille moyenne et même dans l’architecture résidentielle individuelle. Enfin, bien que le mouvement se déploie à plusieurs échelles, les conférencières soulèvent à titre de conclusion la question de l’application des principes Art déco à l’échelle territoriale.
La soirée s’est terminée avec plusieurs échanges avec l’auditoire qui ont entre autres permis de discuter des enjeux relatifs à la conservation du patrimoine bâti Art Déco et des points de convergence entre le mouvement Moderne et le Mouvement Art Déco.
Retour sur la Soirée Conférence 3: «L’Art Déco versus le Mouvement moderne au Québec et ailleurs» animée par France Vanlaethem et Isabelle Gournay.