Maison de demain, Boucherville, 1962


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L’Association des constructeurs d’habitations du district de Montréal est l’instigatrice de la Parade et du Festival d’Habitations de Boucherville, un événement qui s’est déroulé du 16 septembre au 1er octobre 1961. Dans le cadre de la Semaine Nationale de l’habitation, l’association commande à douze constructeurs chevronnés seize projets de maisons modèles. Plusieurs compagnies fournissent des matériaux gratuitement (aluminium galvanisé, stratifié, marqueterie, etc.). On confie à Roger D’Astous la création d’une maison « phare » devant servir non seulement à attirer les foules à Boucherville, mais aussi d’inspiration quant à l’utilisation de nouvelles techniques et matériaux. Qui plus est, cette demeure a même remporté le concours de la Maison Châtelaine de 1962.

La maison de demain présente une composition centripète rarement exploitée par cet émule de Frank Lloyd Wright. Pour le moins étonnante, sa volumétrie rappelle plutôt le travail de Le Corbusier pour la villa Savoye et sa transparence la maison Masse de 1957. Le plan ramassé répond mieux aux contraintes du terrain urbain de faible déclivité et de dimensions réduites.

Par son implantation, cette maison est structurée de façon à maximiser l’atmosphère lumineuse qui y régnera, à la fois généreuse dans les aires publiques et discrète dans les aires privées. La cour et la piscine sont disposées de façon stratégique du côté soleil. Lorsque cela est requis, l’intimité des usagers est assurée par l’utilisation de verre dépoli, de claustra ou de fenêtres en bandeau.

De plan carré, cette résidence présente un étage noble déposé en porte-à-faux sur un cube aux dimensions plus restreintes permettant ainsi de protéger les entrées et la terrasse des intempéries. Refermé par du verre clair et dépoli sauf pour un mur en dents de scie réalisé en moellon, il laisse généreusement passer la lumière. À l’étage s’érigent trois parois d’aluminium profilé complétées d’un mur-rideau habillé d’un claustra d’aluminium. Aux quatre coins, les façades avant et arrière font saillie révélant, du côté intérieur, un stratifié rouge. Ce matériau est aussi d’usage pour les portes extérieures de la maison.

L’ossature apparente en cèdre lamellé-collé se compose à chaque étage de sept poutres jumelées traversantes qui sont disposées de manière transversale. Elles viennent s’appuyer de part et d’autre du bâtiment sur quatorze piliers. Ainsi, l’espace intérieur de la maison est dégagé de toute entrave ce qui accentue la spatialité. Chaque pilier comporte un empattement cruciforme en acier et chaque poutre un capuchon en aluminium. Un dallage ondulé en bois utilisé pour les pla-fonds traverse l’ensemble de la structure unifiant l’intérieur et l’extérieur de la construction.

De l’intérieur, la maison se déploie autour d’un escalier suspendu soutenu par deux limons d’aluminium. Le teck est employé pour les marches et les mains courantes. De mêmes dimensions que la cage d’escalier, le puits de jour qui la surplombe inonde tout l’espace d’une lumière abondante.

Le rez-de-chaussée dédié aux loisirs forme autour de l’escalier un patio où s’intègre un jardin minéral et un hall d’entrée où les moellons, l’ardoise et le gravier s’unissent au verre, au bois et à l’aluminium. Sous le dallage se cache le système de chauffage radiant.

À l’étage la galerie qui ceinture la cage d’escalier est refermée par une balustrade et un claustra en aluminium. Ce mur-écran dissimule les chambres et les salles de bains des résidents localisées du côté de la pénombre. Du côté soleil, l’espace est à aire ouverte. On y retrouve une cuisine laboratoire, une salle à manger, un salon et un studio. Les comptoirs et les armoires de la cuisine sont en stratifié rouge, bleu, blanc et noir, seules touches de couleur. Les partitions, des portes accordéons, les planchers et plafonds sont en bois plein ou en contre-plaqué d’essences diverses.

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Pour allez plus loin

  • Bergeron, Claude. « Biographie de Roger D’Astous », L’encyclopédie canadienne Historica, en ligne, www.thecanadianencyclopedia.com, consultée le 1er octobre 2008.
  • Bergeron, Claude, Roger D’Astous architecte, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2001, p. 127-176.



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