Conjunto Nacional, Sao Paulo, Brésil (1954-1956)

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Le Conjunto Nacional (ensemble national) à Sao Paulo, projet de l’architecte brésilien David Libeskind (1928-2014), peu connu en dehors du Brésil, symbolise une vision moderne de la ville où les citadins habitent à proximité immédiate de leurs lieux de travail et de loisir. Dans le cas de l’ensemble de Sao Paulo, il suffit d’utiliser l’ascenseur pour aller au cinéma, prendre un café ou travailler. À Montréal, le projet de Mies van der Rohe pour le Westmount Square est un autre exemple de ces ensembles multifonctionnels modernes.

Construit vers le milieu des années 1950 par un entrepreneur argentin d’origine hongroise, José Tjurs,le Conjunto Nacional, comme le Westmount Square, répond à un programme complexe, intégrant une grande galerie de commerce et de service au rez-de-chaussée et des bureaux et des appartements aux étages supérieurs. Le programme initial du Conjunto Nacional comportait aussi un hôtel, mais la Ville n'autorisa pas l'intégration de cette fonction, aussi le projet fut adapté. De proportions gigantesques, encore rares dans une ville qui amorçait seulement sa modernisation, le complexe de 150 000 mètres carrés de superficie occupe un îlot entier de près de 1,5 hectares. Une véritable prouesse pour un si jeune architecte, non seulement vu la complexité du programme, mais surtout vu la manière dont Libeskind traita l’insertion urbaine de cet ensemble gigantesque pour le contexte à l’époque.

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L'analogie entre le Westmount Square et le Conjunto Nacional s’arrête au programme. Basés sur la vision de la ville proposée par Ludwig Hilberseimer, les grands ensembles de Mies sont plus attachés au sol. La conception volumétrique du complexe de Sao Paulo, en revanche, s’approche à la Lever House, projet de Gordon Bunshaft et Natalie de Blois construit à New York au début des années 1950 juste en face du Seagram Building, autre ouvrage de référence de Mies van der Rohe.

Le programme fonctionnel du Conjunto Nacional est distribué dans deux grands volumes prismatiques. Un bloc horizontal occupant tout le terrain au rez-de-chaussée et s'élevant sur trois étages, qui abrite commerces et services et que complète en sous-sol un stationnement. Sur cette base s'élève sur pilotis une barre verticale juxtaposant des fonctions variées. Autour de trois noyaux de circulation verticale s'organisent des appartements et des bureaux. Bien que structurellement indépendantes, les tours sont adjacentes, ce qui confère à l'ensemble l’apparence d’une unique lamelle.

La terrasse qui couvre le bloc horizontal constitue une grande esplanade publique qui assure la transition entre les deux volumes. L’articulation au contexte urbain est renforcée par une transition entre l'intérieur et l'extérieur, le privé et le public presque imperceptible au niveau du sol : le revêtement de sol de la galerie, dont les corridors traversent le bloc d’une rue à l’autre, est fait du même matériau que les trottoirs qui enserrent le complexe, faisant pénétrer la ville dans l'édifice. Pas étonnant que, lorsque les pierres portugaises de l’avenue Paulista furent remplacées en 2008, celles entourant le bâtiment furent conservées. Cette continuité spatiale est favorisée par les conditions du climat brésilien qui permettent à la galerie d’ouvrir sans porte sur la rue (l’accès est fermé seulement pendant la nuit). Les restaurants, les librairies, le cinéma et les magasins de proximité présents dans la galerie du Conjunto Nacional contrastent avec ceux des autres bâtiments commerciaux sur la même avenue, dont plusieurs n’offrent aucun type de service de proximité au rez-de-chaussée et engendrent des îlots stériles. Environ 45 mille personnes fréquentent quotidiennement le complexe qui, convoité, subit la pression du marché : des files d'attente s'imposent à ceux qui veulent louer ou acheter une de ses unités.

À Montréal, New York et Sao Paulo, les architectes modernes ont laissé leur nouvelle vision de la ville, qui est toujours d’actualité. Aussi de tels complexes méritent d’être préservés, tout comme l'idée dedémocratisation de l’espace urbain qui les soutend. Ulisses Munarim, 2014-04-30.

Pour aller plus loin

De belles images du Conjunto Nacional peuvent être visualisées dans l’article publié en hommage à David Libeskind, parmi lesquelles une photographie de Mies van der Rohe contemplant la maquette du projet : Abilio Guerra, « David Libeskind, 1928-2014 : A casa do homem e a utopia do Conjunto Nacional », Vitruvius, 079.07, avril 2014, en ligne.