Le Bandaranaike Memorial International Conference Hall, Colombo (1973)

BMICH-Colombo-1973

Plusieurs historiens questionnent l'interprétation selon laquelle la diffusion du modernisme architectural à l'échelle du monde avait pour centre l'Europe occidentale et les États-unis au milieu du XXe siècle. Cette idée reçue et d'autres relatives à l'internationalisme de l'architecture moderne, la professeure DuanfangLu les remet en question dans l'ouvrage dont elle a dirigé la publication, Third World Modernism. Outre d'y introduire le sujet, elle y documente la construction du Bandaranaike Memorial International Conference Hall à Colombo sous la direction de l'architecte chinois Dai Nianci, un cas d'étude intéressant de la «dissémination globale du modernisme» selon elle.

Elle écrit, nous traduisons : «Depuis la fondation de la coalition du Tiers Monde à Bandung en 1955, la Chine s'est identifiée avec ce regroupement et a fait de sa coopération consolidée avec d'autres pays du Tiers Monde un vecteur de sa politique étrangère. Des exportations architecturales intensives débutèrent en 1956 comme éléments de programmes d'aide lancés dans le contexte de la Guerre froide. Des architectes chinois réalisèrent des projets allant d'édifices publics nationaux à des usines en Asie, Afrique et au Moyen-Orient. Nombre de ces édifices sont de style moderniste, notamment le Bandaranaike Memorial International Conference Hall (BMICH) à Colombo, au Sri Lanka, qui constitue un des exemples les plus significatifs. Dessiné par Dai Nianci, une figure majeure dans l'histoire de l'architecture moderne en Chine, le BMICH rappelle à la fois l'architecture tropicale d'après-guerre et l'iconographie de l'utopisme maoïste. Vu son esthétique impressionnante, le BMICH est devenu un symbole d'identité nationale et une des premières destinations touristiques du Skri Lanka.

Le BMICH accueillit avec succès la conférence du Ve Sommet des non-alignés en 1976, qui aida le Sri Lanka à étendre sa propre influence globale auprès des nations du Tiers Monde.» Le BMICH devint alors un modèle pour de nombreux pays, tels l'Iraq et le Pakistan, dont certains sollicitèrent l'assistance du Sri Lanka. En étudiant une telle production, Duanfang Lu, professeure à l'Université de Sydney, veut mettre l'accent sur la complexité et les contradictions que recèlent la diffusion mondiale du modernisme.

Pour aller plus loin...

Lu, Duanfang, direction, Third World Modernism. Architecture, Development, and Identity, Londres, Routledge, 2010, 304 pages, ill.