Trop tard pour Notre-Dame-de-Fatima ?

Fatima-clocher-MD

Il semble que le glas ait sonné pour l'église Notre-Dame-de-Fatima. Reconnu comme une des réalisations les plus remarquables du courant des «églises blanches» au Saguenay-Lac-Saint-Jean, cet édifice est caractéristique de l'essor de l'architecture sacrée moderne au Québec. Sa forme extérieure si frappante assure aussi sa présence forte au sein de la ville depuis 1963. Malgré cette appréciation, l'ensemble des qualités architecturales de cette église demeure largement méconnu des experts et du grand public. Mais que reste-t-il aujourd'hui de la monumentalité de la nef de Notre-Dame-de-Fatima qui était mise en valeur par l'aménagement mobilier disparu et de son ambiance mystérieuse créée par la pénétration de la lumière naturelle à fleur de paroi ?

Rappelons que malgré le statut de site du patrimoine que lui avait accordé la municipalité de Saguenay en 2006, l'église et son environnement immédiat sont dénaturés depuis longtemps, grugés peu à peu dans l'indifférence jusqu'à tout récemment et la mobilisation qu'a suscité la demande de démolition introduite par son propriétaire actuel en 2012. De sa déconfession et de sa fermeture en 2004 à la mise en chantier des premières maisons du projet des Charmilles sur la parcelle, en passant par la lente dégradation de l'immeuble abandonné et l'abattage des arbres matures qui agrémentaient son site, Notre-Dame-de-Fatima est lentement devenue un OVNI sur son propre terrain. Il semble aujourd'hui illusoire d'en faire un projet de reconversion significatif.

Il faut s'indigner de la décision récente du Comité consultatif d'urbanisme qui est tombée sans débat. En effet, le poids du statut municipal acquis en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel semble soudain bien dérisoire devant l'impatience de certains. De plus, nous ne pouvons que dénoncer l'attitude contradictoire de la Ville de Saguenay envers son propre patrimoine. En effet, comment peut-on effacer une trace aussi significative que cette église pour le paysage de Jonquière et pour l'histoire du renouveau architectural à Saguenay après en avoir proclamé la valeur? Une question demeure qui semble avoir été esquivée : qu'adviendra-t-il des vitraux de l'artiste Jean-Guy Barbeau qu'il était question de conserver en 2011 ?

Un peu de vision et de créativité auraient pu faire de ce cas un exemple remarquable de sauvegarde du patrimoine moderne, voire une réussite collective qui aurait fait la fierté des Saguenéens. Un projet exemplaire aurait sans doute rayonné au-delà de la province. Enfin, le triste échec de Notre-Dame-de-Fatima rappelle crument qu'il faudra désormais faire preuve de plus vigilance pour qu'une telle situation ne se répète pas. Marie-Dina Salvione, 2014-10-21. 

Pour aller plus loin...

Lire le dossier thématique de Docomomo Québec «Les églises de Saguenay, état des lieux».