Architecture moderne

Dans son sens premier, sinon pour le sens commun, est moderne, ce qui est actuel. Alors pour quoi qualifier de moderne, une architecture qui est déjà ancienne. N’oublions pas que les mots prennent leur sens uniquement en contexte : dans le contexte de la phrase, de même que dans le contexte social de son énonciation et de sa réception. Pour les historiens, la période moderne débute au XVe siècle, alors que pour les historiens de l’architecture au XVIIIe siècle. C’est ainsi que des auteurs comme Leonardo Benevolo, Kenneth Frampton et d’autres débutent leur histoire de l’architecture moderne en observant principalement les effets sur l’architecture de l’affirmation d’une nouvelle conception du temps où l’appréciation du passé est contrebalancée par la foi dans le futur et l’impact de l’accélération des mutations techniques qui surviennent au Siècle des Lumières, alors que d’autres tels Alan Colquhoun et William J.R. Curtis se concentrent sur le XXe siècle.

Une définition simple, sinon simpliste de l’architecture moderne met l’accent sur ses dimensions résolument novatrices que ce soit au plan formel, technique et/ou social. Ces dernières décennies, des conceptions plus complexes ont été avancées. Ainsi, pour Frampton, dès le XIXe siècle, l’architecture moderne est partagée entre, d’une part, des avancées novatrices portées par une confiance absolue dans la Raison et les progrès technologiques et, d’autre part, une tendance nostalgique et critique qui trouve dans le mouvement arts and crafts son origine. Aux recherches qui visent à dépasser les styles historiques pour inventer une architecture résolument nouvelle pour un monde nouveau, s’opposent les tentatives qui rejettent le canon classique sans pour autant éliminer toute référence au passé, la tradition artisanale du Moyen Âge s’offrant comme un modèle technique, esthétique et social pour résister à la mécanisation de la production et à ses effets aliénants et qualitativement appauvrissants. On peut voir dans les avant-gardes des années 1910 et 1920 qui réussissent enfin à inventer un nouveau langage architectural, abstrait, élémentaire et à introduire un nouvel idéal professionnel soucieux du plus grand nombre, un aboutissement de la tendance utopique, une étape cruciale du mouvement moderne. Cependant, celles-ci ne réussissent pas à étouffer les autres orientations, même si leurs idées et leurs principes contribueront à transformer la pratique courante de l’architecture alors que son enseignement sera modernisé sur le modèle du Bauhaus.

Pour aller plus loin...

Bergeron, Claude, Architecture du Québec au XXe siècle, Québec, Musée de la civilisation, Montréal, Méridien, 1989, 272 p., ill.

Colquhoun, Alan, Modern Architecture, Oxford, Oxford University Press, 2002, 288 pages, ill.

Curtis, William Joseph R., L’architecture moderne depuis 1900, Oxford, Phaidon, 2004, 431 p., ill.

Frampton, Kenneth, L’architecture moderne. Une histoire critique, Londres, Thames and Hudson, 2006, 399 p., ill.